COMPRENDRE
"Il faut dire aux gens qu’ils peuvent agir"
Samedi, 10h55. Océane approche de la boutique Artisans du Monde, rue Blomet, dans le 15e arrondissement de Paris. "J’adore ce moment quand j’arrive et que je découvre mon binôme, avec qui je vais passer toute la demi journée ! La plupart du temps, on ne se connaît pas". Un samedi matin par mois, la jeune bénévole de 32 ans tient la permanence du magasin, accompagnée d’un autre membre volontaire.
Et ce, depuis deux ans. Elle raconte : "La rencontre s’est faite un peu par hasard. A cette époque, depuis quelques temps, je pensais à m’engager dans une association sans idées particulières. Et puis, je suis entrée dans cette boutique de la rue Blomet dans laquelle je n’avais jamais osé rentrer auparavant". L’émulsion a pris. Le courant est passé. Deux jours après, un responsable de la Fédération Artisans du Monde l’appelle pour la rencontrer. "J’ai beaucoup aimé la démarche d’approche. Et lors de la première rencontre, l’accueil m’a séduite. Je me suis tout de suite sentie bien". Après quelques séances de formation, Océane se retrouve en boutique. Derrière sa caisse ? Pas vraiment. "On encaisse les produits, oui, mais c’est surtout un lieu d’échanges et de rencontres. On est là pour sensibiliser les gens à une autre manière de faire. La question de la provenance des produits est quasiment systématique et entame souvent le dialogue. On peut alors parler de commerce équitable mais aussi de pleins d’autres choses comme de recettes par exemple. Je me souviens qu’une fois, un client est resté
45 minutes à discuter avec nous", s’enthousiasme la jeune femme.
S’investir un peu, beaucoup…
Au bout d’un an, Océane, parfaitement en phase avec la Fédération, décide de s’impliquer davantage. "On est constamment invité à partager nos idées, à participer aux réunions d’équipe, etc. Moi, j’avais envie de m’investir un peu plus dans la sensibilisation. C’est là qu’on a décidé d’installer dans les deux boutiques du 15ème des petits espaces d’informations". Maintenant, Océane planche chaque mois sur les nouvelles thématiques à faire découvrir, sur la récolte des outils à réunir (CD-Rom, jeux, dépliants, etc.) afin de dynamiser ce petit coin de magasin. Et elle adore ça ! "C’est toujours super intéressant ! Je m’occupe aussi de la lettre d’information interne. Et je me retrouve totalement dans le discours d’Artisans du Monde. On peut dire que j’ai trouvé ma place dans cet univers", dit-elle sans hésiter. Cet univers, c’est celui de l’engagement.
Car Océane ne compte pas ses heures. Malgré son temps plein d’acheteuse dans une grande entreprise, elle est aussi bénévole dans une autre association de développement. Pourtant, il y a encore deux ans, Océane était étrangère à tout ça. Le commerce équitable, le militantisme, le monde associatif, elle ne connaissait pas. Ou si peu. Aujourd’hui, celle qui en dit peu sur elle mais beaucoup sur les autres a trouvé son équilibre grâce à ce temps qu’elle consacre aux causes qui la touchent. Et ce sont plus de 8000 bénévoles comme Océane que la Fédération Artisans du Monde mobilise.
Toujours à l’affut de la moindre information, de la moindre expérience, de la moindre rencontre, Océane ne rate pas une occasion. La Fédération propose plusieurs formations par trimestre, sur les produits, les systèmes de garantie, les filières. Elle y assiste le plus souvent possible. « C’est très important qu’on sache tout ça, pour pouvoir l’expliquer aux clients ou même aux personnes qu’on croise tous les jours. D’ailleurs, sensibiliser est ce que je préfère faire. Il faut dire aux gens qu’ils peuvent agir, que des alternatives sont possibles. » De l’enthousiasme et de l’engagement : le carburant de ces ambassadeurs de terrain sans lesquels, sans doute, le commerce équitable ne progresserait pas aussi vite auprès du grand public.


